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La communication interculturelle étudie ce qui se passe quand des personnes
formées par des systèmes de sens différents cherchent à se comprendre. Ce n'est
pas une question de langue : deux interlocuteurs parlant parfaitement anglais
peuvent se méprendre complètement sur ce qu'ils viennent de se dire.
Trois disciplines, trois regards
La sociologie s'intéresse aux structures collectives : Durkheim montrait
déjà comment les représentations partagées d'un groupe s'imposent à ses
membres comme des faits extérieurs. Appliqué à l'entreprise, cela signifie
qu'un comportement qu'on juge personnel est souvent normatif.
La psychologie sociale décrit les mécanismes individuels : catégorisation,
stéréotypes, attribution. Le biais d'attribution fondamentale est ici central,
nous expliquons le comportement de l'autre par son caractère et le nôtre par
les circonstances. En contexte interculturel, cela devient : « il est en
retard parce qu'il n'est pas sérieux », plutôt que « son rapport au temps n'est
pas le mien ».
Les sciences du langage, enfin, montrent que le sens ne se trouve pas dans
les mots mais dans ce que l'auditoire est censé compléter. C'est là que naissent
la plupart des malentendus professionnels.
Les cadres d'analyse classiques
Edward T. Hall a introduit deux distinctions restées utiles. Les cultures à
contexte fort, où l'essentiel du message est implicite, porté par la relation
et la situation ; et les cultures à contexte faible, où l'on attend que tout
soit dit explicitement. La seconde distinction porte sur le temps :
monochronique, une chose après l'autre, échéance sacrée ; ou polychronique,
plusieurs fils simultanés, échéance négociable.
Geert Hofstede a proposé des dimensions chiffrées, distance hiérarchique,
individualisme, évitement de l'incertitude, orientation long terme, construites
sur une vaste enquête interne à une multinationale. Fons Trompenaars a ajouté
des axes comme l'universalisme contre le particularisme, ou le statut acquis
contre le statut attribué.

Ce que ces cadres ratent
Ils sont pratiques et ils sont critiqués, pour des raisons sérieuses. Ils
assimilent une culture à une nation, ce qui est indéfendable : les écarts
internes à un pays dépassent souvent les écarts entre pays. Ils reposent sur
des données parfois anciennes et sur des échantillons non représentatifs. Et
surtout, ils invitent à raisonner en moyennes là où l'on rencontre des
individus.
Utilisés comme grille de lecture provisoire, ils aident à formuler des
hypothèses. Utilisés comme description, ils fabriquent exactement les
stéréotypes qu'ils prétendaient dépasser. La règle pratique est simple : un
cadre sert à se poser une question, jamais à conclure.
Le numérique, ambivalent
Les
technologies de l'information sont vues tantôt comme une menace pour les
langues et les cultures minoritaires, tantôt comme un moyen de les diffuser et
de soutenir une éducation bilingue là où l'école manque. Les deux observations
sont exactes selon les terrains, et le facteur décisif n'est pas la technologie
mais qui produit les contenus.
À l'échelle d'une équipe, en revanche, un effet est constant : l'écrit
asynchrone amplifie les malentendus. Il retire le ton, le visage, la
possibilité de corriger en temps réel, c'est-à-dire précisément ce sur quoi
s'appuient les cultures à contexte fort.


Pour aller plus loin
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